L’oeuvre au noir

J’ai beau lire tout le temps, j’ai l’impression que mes lacunes littéraires forment un continent de plus en plus immense à mesure que je vieillis et prends connaissance de tout ce qui existe.

Marguerite Yourcenar faisait partie des lacunes dont j’étais consciente depuis longtemps. J’ai voulu y remédier, en me disant que ça ferait peut-être un bon fanzine. Avec ma mère, qui ne l’avait pas lu non plus, on s’est dit qu’on allait la lire en même temps, pour partager nos impressions (j’adore les avis littéraires de ma mère car c’est une punk, elle peut te dézinguer ce que tu considères comme un chef d’oeuvre en deux deux). Il s’est avéré au bout de trois semaines qu’on s’ennuyait royalement l’une et l’autre mais qu’en fait on ne lisait pas le même livre. Elle lisait Mémoires d’Hadrien, je lisais L’Oeuvre au noir.

Donc, j’ai détesté. Je me suis acharnée mais de bout en bout j’ai détesté. Le classicisme fin de race de l’académicienne qui veut écrire comme un vieil académicien… mais surtout, quel ennui !

Du coup, je me suis vengée et je l’ai déconstruite, littéralement. J’ai découpé des mots et j’en ai fait des petits sachets, de Marguerite.

(Il se trouve que je n’aime pas beaucoup l’autre Marguerite non plus, mais chut).