métamorphisme

Parfois je marche. Je marche longtemps, lestée, plusieurs jours d’affilée. Je longe la mer, la côte, les plages. Je marches sur le sentier des douaniers, sur le sable, sous les arbres, et ce que je vois du matin au soir, en plus de l’infini, du passé, de l’avenir, des vagues, du ciel, ce sont des cailloux.

Des pierres, des roches, des cailloux à n’en plus finir. Sable, argile, roche, granit, coquillages, falaises, un paysage entier fait de minéral.

Parfois j’en mets un peu dans mes poches. Parfois je les prends en photo. Parfois je cherche des informations. Formation des minéraux. Composition, datation, origine, habitus, propriétés matérielles.

C’est comme ça que je suis tombée sur un traité de minéralogie sur Gallica. J’ai commencé à le lire et j’ai trouvé ça fascinant, à la fois scientifique et poétique. J’ai adoré aussi les formes géométriques dessinées pour représenter les différents types de pierres.

Il y a longtemps, je rêvais de me changer en pierre. Je ne voulais pas mourir ni ne pas être née mais simplement devenir un rocher. Être là sans qu’on me demande d’être ou d’avoir été. Exister depuis l’éternité sans avoir rien a justifier. Pas de honte, pas de regret. J’y trouvais un grand réconfort.

J’ai imaginé que la seule issue serait de sucer des cailloux, de faire tinter en moi le bruit des pierres dans l’immensité silencieuse.

J’ai commencé à écrire des poèmes pour devenir plus vaste.

J’ai commencé à y mettre tous mes cailloux.

Comme des petites collections.

Et ça a fait un recueil.